Thursday, September 07, 2006

Portrait de Gideon Levy dans le Monde

Dans le Monde du 4 Septembre dernier, interessant portrait de Gideon Levy, courageux journaliste israelien a Haaretz, qui est parmi les rares en Israel qui osent raconter la realite de l'occupation telle qu'elle est:

"Devenu journaliste, durant la première Intifada (1987-1993), son photographe lui dit qu'une Palestinienne, partie accoucher dans une maternité de Jérusalem-Est, avait été refoulée par trois barrages différents. "Je n'y ai pas cru. Des sadiques à un barrage, c'était possible. Trois barrages, non." Il enquête. C'était vrai. Au troisième barrage, la femme avait accouché dans le taxi, puis supplié les soldats de la laisser là mais d'emmener son bébé à l'hôpital. "Ça aussi, ils l'ont refusé." Elle a fait le parcours à pied. A l'arrivée, l'enfant était mort.

"Là, j'ai compris que quelque chose d'épouvantable nous arrivait. Nos jeunes ne sont pas des monstres. La plupart mettraient la main à la poche pour les victimes d'un séisme au Mexique. Pourquoi, dès qu'ils font face aux Palestiniens, se déshumanisent-ils ? Parce que la routine de l'occupation les pourrit, les amène à cesser de voir dans les Arabes des hommes comme eux." Depuis, il raconte, sans relâche, "ce cancer qui nous ronge, plus menaçant que tous les terrorismes : l'occupation d'un autre peuple". Sa grande fierté : en vingt ans, pas un seul de ses récits n'a été infirmé. De l'ébranlement qui saisit Israël depuis l'échec militaire au Liban, il dit que c'est "une bonne chose". Après "sixans de coma" dus à l'Intifada, "notre société se pose enfin des questions sur elle-même". Il craint, pourtant, que les mobilisations actuelles en Israël ne profitent à la droite dure, "tant est ancré chez nous le culte fou de la force".

[...]

C'est parce qu'il se sent israélien qu'une "culpabilité profonde" l'habite : "Je ne peux pas supporter que tant d'actes inqualifiables soient commis en mon nom." La solitude lui pèse, mais moins que l'hostilité qu'il suscite. Des courriels comme "Merci pour votre indispensable soutien", signé "Adolph Hitler", sont son pain quotidien. Et puis, est-il vraiment si seul ? Lorsque l'on tape Gideon Lévy sur Google, il n'y a pas loin d'un million d'entrées..."

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